Les Chefs

vous souhaitent à tous un joyeux et Saint Noël !

noel

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Et parce qu'on est quand même vendredi, et encore plus en ce jour et toute cette semaine, c'est l'heure de la méditation...!

Oui, c'est long, très long... mais ce sont les vacances!! Et... le Bon Dieu mérite bien ça ;-) !!

Le Mystère de Noël

Noël, c’est l’Enfant-Dieu. Noël, c’est le Verbe incarné. Noël, c’est le Sauveur. Pour nous il s’est fait pauvre, Lui qui est riche[1]… Au commencement était le Verbe[2], et le Verbe était la lumière des hommes[3]…. Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique[4]… Pauvreté, Lumière, Amour.

Noël, ce sont les Bergers, et, en eux, les Pauvres, et les plus pauvres d’entre les pauvres ;

Noël, ce sont les Anges, et, en eux, les Purs, et les plus purs d’entre les purs ;

Noël, ce sont les Mages, et, en eux, les Riches, et les plus riches d’entre les riches ;

Ceux qui ignorent ne rien avoir ; ceux qui n’ont que la transparence, ceux qui savent ne rien avoir. Pauvreté, Lumière, Amour.

Noël c’est Joseph qui en toute humilité[5] de la création monte vers l’humilité qui descend du ciel ; en qui toute lumière est si pure, qu’elle ne soupçonne pas le mal[6] ; en qui l’amour est si délicat qu’il est aise dans les l’effacement[7].

Noël c’est Marie : l’humble servante[8] sur qui se pose la complaisance du Tout-Puissant, la bienheureuse Vierge qui a cru la Parole, la bienheureuse entre toutes les générations[9] que l’Esprit Saint a enveloppée de sa vertu[10]. Noël c’est Marie et Joseph, riches de l’Esprit qui est Père des pauvres[11], saisis par l’Esprit qui est l’Esprit de Vérité[12], mûs par l’Esprit qui est l’Onction.[13]

Pauvreté, Lumière, Amour.

Noël c’est la manifestation sensible à tous les hommes, du Dieu qui Est, du Dieu qui est Vérité, du Dieu qui est Amour. Manifestation une et trine du Dieu qui est Un et Trine.

Etre, Lumière, Amour.

Noël c’est la Procession et le Retour du Verbe incarné, venu du Père et allant au Père[14] : image – plus qu’image - , et la plus belle, de la vie intime de Dieu ; source et mesure de la procession à partir de Dieu, et du retour à Dieu, de toute créature.

Le «cycle » du Verbe incarné conjoint en son mystère l’Incréé et le créé, l’ordre d’origine et l’achèvement des opérations divines, la création et la glorification de l’humanité, assumée par le Verbe. Dans le Verbe incarné sont réunis l’humanité et la divinité par amour.

Etre, Lumière, Amour.

Le «cycle » de Marie est l’empreinte créée du cycle du Verbe incarné : conformation parfaite en une créature, de toute la création, au cycle mystérieux du Verbe incarné. Chaque élu est aussi une trace de ce même cycle. La vocation de Marie inclut toute vocation, et est éclairée par chacune. Et, comme Marie révèle fidèlement le mystère du Verbe, chacun des témoins qui l’approchent et se conforment à elle, révèle autour d’elle, le même mystère.

Nous devons suivre avec respect les grands témoins de Noël, les priant de nous conduire jusqu’à Marie, jusqu’à Dieu.

Toute vocation, à l’image de la Procession et du Retour incréés, est procession et retour. Toute créature a, pour vocation le retour au créateur. Toute créature vient du créateur et y retourne. Toute vocation, est contenue dans cette procession.

A l’image de Dieu, Etre-Vérité-Amour, toute vocation, baignée dans la lumière de Noël, rayonne Pauvreté-Lumière-Amour.

Les vocations se hiérarchisent par leur participation à Dieu lui-même, par leur reproduction plus ou moins parfaite de la plus parfaite des participations créées : Marie.

Plus nous sommes près de Marie, plus nous sommes près de Dieu.noel2

Noël associe à la pauvreté, la lumière et l’amour. Cette pauvreté est la véritable richesse. Merveille entre les merveilles cette Pauvreté-Richesse symbolise l’ambivalence de Noël. Toute la contradiction apparente du mystère de Noël est renfermée dans cette Pauvreté-Richesse. Pauvreté physique, Richesse du cœur. Pauvreté qui ouvre l’Esprit aux richesses spirituelles.

Les Bergers symbolisent – et réalisent – la Pauvreté ; les Anges, la Lumière ; les Mages, la générosité, l’Amour. Chacun d’eux nous manifeste l’espace qui nous sépare du Dieu qui est Etre-Vérité-Amour.

Jésus est venu parmi nous pour nous rendre sensible ce mystère qu’il vit à l’intime de Lui-même. Avant même de parler, Il commence cet enseignement par la façon dont il se présente parmi les hommes, et par l’ensemble des circonstances qui accompagnent sa naissance.

Pauvreté et Amour.

Les Bergers symbolisent et réalisent auprès de la crèche cette attitude de pauvreté, de dépouillement. Ceux qui ont adoré l’Enfant sont les plus pauvres parmi les pauvres bergers. Ceux-là n’ont même pas de toit pour s’abriter. Ils sont comme l’Enfant dépouillés de toutes richesses extérieures. Ils ne s’inquiètent pas pour autant de leur avenir, le dépouillement total donne une insouciance profonde et même une certaine ignorance de ce que l’on est. Ce qu’ils font ? Ce qu’ils sont ? Questions étrangères à ceux que dépouille tellement la nécessité immédiate. Le privilège d’adorer l’Enfant Jésus, les bergers l’ont dû à cette absence de questions sur eux-mêmes, pour leur avenir.

Marie est la première adoratrice. Ce qu’elle possède de meilleur c’est Jésus. Or Noël c’est pour elle donner ce qu’elle a de plus précieux : cette intimité entre Jésus et elle. Jésus était en elle, pour elle seule, et seule avec elle ; c’est en elle que les anges l’adoraient. Cette séparation est le détachement suprême. Abandon total de tout calcul, puisque calculer c’est désirer garder quelque chose d’un trésor. Tout est livré. Oblation silencieuse, perçue par elle seulement.

Jésus est donné : donné aux Bergers, livré à l’adoration des Anges, de toute la terre. Ceux qui viennent du dehors ne perçoivent pas le don qui leur est fait, les créatures reçoivent. Et Marie ne perd pas, elle est toute détachée. L’exclusivisme, en amour, est le prolongement subtil du calcul contraire à la pauvreté. Marie est à ce moment la plus pauvre de toute les créatures et en même temps la plus riche. Pauvreté, Lumière, Amour.

Ici on retrouve la contradiction de ce mystère : Pauvreté-Richesse.

Ce que nous appelons Pauvreté c’est cette absence de référence à tout ce qui n’est pas Dieu. Cette pauvreté est l’enveloppe d’une richesse infinie.

La pauvreté de la Sainte Vierge est aussi une pauvreté en paroles. Pour elle, Noël n’est que le prolongement du Fiat. Un prolongement silencieux, pour un mystère où tout se passe en silence. Tout mystère est silencieux, l’incarnation s’est faite dans le silence, la nuit de Noël se passe dans le silence, la Résurrection se déroule dans le silence, la consécration se passe dans le silence. Par son attitude Marie nous enseigne la voie à suivre. Elle s’est tue pour que le fond même de son âme ne soit plus qu’une question. Etre une question n’est pas poser une question. Tout ceci semble paradoxal, et pourtant moins nous posons de questions contingentes plus nous sommes ouverts au Mystère de Dieu. Pour accueillir Dieu, pour accueillir le Mystère du salut, il faut être en silence.

Le Mystère de Lumière.

A la crèche une même atmosphère enveloppe Marie, Joseph, Jésus – atmosphère d’intimité, d’adoration. Jésus se tait parce qu’il est enfant, Marie et Joseph se taisent parce qu’ils adorent. Ce silence a sa source toute proche en la Personne du Verbe. Ce silence fonde l’unité de ces trois êtres. C’est le Verbe qui donne son être à l’humanité de Jésus, c’est le Verbe qui a suscité Marie comme Mère ; c’est le Verbe qui porte dans sa sagesse ce dessein de la prédestination de Jésus et Marie, incluant aussi celle de Joseph.

Le silence de la crèche, qu’enveloppe notre adoration, est un des aspects du rayonnement du Verbe : Joseph y prolonge le silence qui fut l’épreuve et la victoire de sa fidélité à Marie[15] ; Marie épouse et confirme dans son silence celui de toutes les créatures. Jésus demeure dans le silence parce qu’il est Dieu.

C’est par le silence que nous pouvons atteindre la lumière de la Foi d’une manière plus parfaite. En gardant le silence nous obligeons Dieu à nous éclairer. En gardant le silence, nous reconnaissons notre incapacité et nous implorons les lumières divines. Par le silence nous dépassons notre condition humaine et nous pouvons ainsi accéder au mode de connaissance angélique. Le silence est pour nous la porte de l’adoration et de la contemplation. Face au mystère il ne reste que le silence et l’adoration. Face au mystère les questions sont de trop, elles demeurent inefficaces et surtout sans réponses.

Quand nous renonçons à exercer l’intelligence à la façon qui nous est naturelle, la perfection de notre silence consiste en ce qu’il nous libère de la servitude des créatures pour nous rendre tributaires de Dieu. La perfection propre de notre silence est d’abord une libération, puis une liberté, une indépendance, absolues.

Par le silence nous accédons à la lumière, à la parole créatrice. Le silence élève notre nature. Le silence était le fondement de l’unité de la sainte Famille. Le silence est aussi le fondement de l’union de toutes les créatures. Par lui les écarts disparaissent et toutes les créatures deviennent dépendantes d’une manière plus radicales encore de Dieu. Par le silence Dieu devient la lumière de notre intelligence.

Le Mystère d’Amour.

La marche des Mages vers l’étoile, leur désir de connaître la vérité est l’indice de leur soif de Dieu. Comment découvrir le signe de Dieu, s’il n’y a pas en nous un abîme d’attente ? Si, par contre nous sommes tout désir, la moindre parcelle de lumière, le moindre signe trouvera en nous accueil et intelligence.

Le signe est toujours adapté à celui à qui il est adressé, et à ce qu’il doit signifier.

Ainsi les mages avaient le signe, encore fallait-il l’interpréter. S’ils n’avaient pas eu le désir, naturel au savant, de rechercher les causes, ils seraient passés à côté du signe. La saine curiosité est donc le fruit d’un amour actif.

Bien des images, bien des signes de Dieu sont répandus dans la création, en nous, dans autrui, dans nos rapports avec les autres. Seulement il faut les voir. Cela serait impossible sans l’amour. Cet amour doit être l’amour de Dieu. Le désir de saisir quelque chose de Dieu rend l’esprit actif, aiguise la curiosité, oriente l’intelligence.

Mais il faut aussi savoir passer à l’acte, les mages ne se contentent pas de comprendre, ils viennent. Dans notre vie si nous n’agissons point, il ne sert à rien de voir, et d’ailleurs à force de refuser d’agir, nous ne verrons plus. En effet l’amour fait voir, mais s’il est coupé de l’action ce n’est qu’un amour mutilé, il lui manque le deuxième aspect de sa nature ; l’amour appelle bien l’exercice de l’intelligence qui apporte pureté, virginité, transparence de l’esprit ; mais il appelle aussi la réalité. L’amour n’est satisfait que s’il exécute ce qu’il a vu.

Noël c’est aussi cela, se laisser reformer par les signes extérieurs et intérieurs qui orientent notre vie vers l’amour. Seul l’amour explique le Mystère de Noël, et pourtant des trois aspects de ce mystère : Pauvreté, Lumière, Amour, c’est le seul qui soit vraiment insaisissable à notre intelligence. Nous en voyons un aspect, mais on ne peut en saisir toute la réalité.

par l'abbé JM Robinne

pris sur l'excellent site Salve Regina


[1] 2 Cor. VIII, 9.

[2] Jean, I, 1.

[3] Jean, I, 4.

[4] 1 Jean, IV, 10, 14.

[5] Matt. I, 24. « Une fois réveillé, Joseph fit comme l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. »

[6] Matt. I, 19. « Joseph, son époux, qui était un homme droit et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit. »

[7] Après le recouvrement de Jésus au Temple l’Evangile ne parle plus de Joseph.

[8] Luc, I, 48. « Il a jeté les yeux sur son humble servante. »

[9] Luc, I, 45.

[10] Luc. I, 35.

[11] Prose de la Messe de la Pentecôte ; cf. Ps. 72, 13

[12] Jean, XV, 26.

[13] 1 Jean, II, 20, 27.

[14] Jean, VI, 57 ; XX, 21 ; XIII, 1 ; XX, 17.

[15] Matt. I, 19